De l’échec de la révolution 2.0

« L’imprimerie à appris au peuple à lire, Internet lui apprend à écrire. »

Patrice Flichy nous parlait dans « L’individualisme connecté » du bouleversement apporté à nos sociétés par les nouveaux moyens de communications, ou NTIC. La noble idée qu’ont défendu et que défendent encore les puristes de la neutralité du net est qu’internet de part son universalité et sa facilité d’accès (quoique…) permet de renverser le système point-masse des médias. Ce n’est plus un média mainstream dominant, journal papier, station de radio ou chaine de télévision qui dicte l’information car il la possède en premier lieu mais bien tout un chacun. L’expert n’apprends plus au béotien, ou alors nous sommes tous l’expert-béotien de son voisin. Successivement, les newsgroups, les blogs, les forums ont pu faire croire à ce retournement. Du point-masse, on serait alors passé au point-point. Une utopie démocratique régit par les individus pour les individus sans effet pervers de mass-media qui sert des états ou des actionnaires.

C’était sans compter sur l’esprit pervers et systémique de l’humanité. Depuis, le doux songe d’une société plus juste et équitable où le savoir est mieux réparti et les connaissances libérées, s’est auto-effondré. Chacun pouvait dire ce qu’il pensait et peser sur le débat public (si une telle chose existe).

Facebook, Twitter et tout ce qu’on ose appeler les réseaux sociaux sont venus tout saboter. En voulant organiser systémiquement  justement la communication point-point, la masse et le spectre de l’expert est revenu, et avec lui tout la starification qu’on lui connait. Cela à mis en place des nouveaux leaders d’opinions, donc des points pour les masses, des millions de followers, l’utilisation du mot en dit long, des influents en version française, ou le retour de l’expert. Cette peoplisation est telle que le but de tout wanabee est aujourd’hui de se faire retweeter, et les YouTubers ne rêvent que de ciné ou de télé, à moins que ce soit l’inverse.

Internet pour tous est arrivé avec une belle promesse de démocratie mais comme tout ce que l’être humain créer, il a vite été sali d’égoïsme et de pouvoir. La télévision promettait une fenêtre ouverte sur le monde, le web allait plus loin en en proposant une interaction. Mais tout cela aura été de courte durée. Rien n’a changé. A un détail près : maintenant la masse, choisit ses points, et s’abreuve d’une information volontairement filtrée, une belle illusion de liberté.

Pour continuer : Internet : outil de collaboration ou de domination ?