De l’instantanéité a posteriori

« You Only Live Once »

Etrange génération que celle-ci. Cohérente dans ses paradoxes, raccord dans ses contradictions.
D’un côté la nécessité de tout vivre vite à fond, YOLO, et autres profiter de l’instant T, chantres de la prescription sociétale de l’amusement. Quoi, tu n’as pas encore essayé la CMDAH ? Comment, tu n’as pas fait de plans à 4 ? Il faut vivre toutes les expériences au plus vite, qu’il s’agisse d’une neknomination ou d’un nouveau lieu underground.

Mais vivre pour qui ou plutôt par quoi ? Pour soi ou par les autres ?

Car si il y a bien une caractéristique indéniable qui a bouleversé nos occidentales sociétés ces dernières années, c’est cette chance et/ou tragédie d’avoir embarqué une optique photographique sur nos téléphones portables. Malédiction des outils qui ont créer la demande ou désir égotique sous-jacent déjà présent ? Le dilemme est complet et permanent : en profiter sur le moment présent ou en garder un souvenir pour le futur ?

Qui aurait cru que cette génération blasée de tête brulée, de la non projection, du scepticisme cynique le plus total nourri à la dictature du zapping et à la tyrannie du buzz en 4G illimité serait aussi la première à vouloir constamment garder un souvenir pour la postérité ? Et ce avant même d’en avoir profité. #selfie #twitter #foursquare
Comme si la vraie expérience du vécu se mesurait plus aujourd’hui au nombre de likes sur une photo faussement vintage d’un t-shirt « j’y étais ». Il suffit de voyager d’ailler au restaurant ou pire à un concert pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène.

Est-ce triste ? Qu’est-ce qui alimente ce constant besoin de partager aux autres ses propres expériences ? Une revanche égotique ? Un besoin d’être en permanence connecté avec sa « tribu », de voir ses choix validés ou simplement de pouvoir garder une trace de son vécu dans ce tunnel d’accélération continu qu’on appelle nos vies ?

C’est donc tout le paradoxe de cette génération, zapper et tout faire pour profiter de l’instant T sans oublier de l’immortaliser pour le partager.
Sinon…
Sinon, quoi ?
Exactement.